La suspension de la réforme des retraites, condition imposée contre la censure du gouvernement Lecornu, enfin examinée à l’Assemblée

par administrateur | Fév 11, 2026 | retraite | 0 commentaires

L'ambiance est électrique, pour ne pas dire survoltée, dans les couloirs du Palais Bourbon ce mercredi 12 novembre. Ce n'est pas tous les jours que l'on assiste à un tel numéro d'équilibriste politique : le gouvernement dirigé par Sébastien Lecornu joue littéralement sa survie sur un pari audacieux, celui de détricoter, ne serait-ce que temporairement, l'héritage le plus contesté du précédent quinquennat. L'examen de l'article 45 bis du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) cristallise toutes les tensions, matérialisant une exigence non négociable des socialistes : la suspension de la réforme des retraites. Ce "deal", conclu en coulisses pour éviter une censure immédiate, transforme l'hémicycle en une arène où chaque mot compte, où les alliances d'hier volent en éclats et où les calculatrices surchauffent autant que les esprits. Alors que la rue a grondé pendant des mois, c'est désormais feutré, entre amendements et rappels au règlement, que se joue le sort de millions de futurs retraités, dans un contexte budgétaire que l'on qualifiera poliment de "compliqué".

En bref

  • L'Assemblée nationale examine la suspension de la réforme des retraites jusqu'en janvier 2028.
  • Cette mesure est la condition sine qua non posée par le PS pour ne pas censurer le gouvernement Lecornu.
  • La génération 1964 est la première concernée : départ possible à 62 ans et 9 mois au lieu de 63 ans.
  • Le coût de la mesure est estimé entre 400 millions et 1,8 milliard d'euros d'ici 2027.
  • La gauche est fracturée : le PS célèbre une victoire tactique, LFI dénonce une trahison de l'abrogation totale.
  • Les députés ont jusqu'à minuit ce mercredi pour voter, faute de quoi le texte partira au Sénat.

Le marchandage politique : quand la survie du gouvernement Lecornu tient à un fil

Il faut imaginer la scène : Sébastien Lecornu, le Premier ministre, naviguant à vue dans une Assemblée nationale plus morcelée qu'un puzzle de 5000 pièces tombé par terre. La politique, c'est souvent l'art du compromis, mais ici, on frôle l'art de la haute voltige sans filet. Pour éviter de voir son gouvernement tomber sous le coup d'une motion de censure qui semblait inéluctable à l'ouverture des débats budgétaires, l'exécutif a dû avaler une couleuvre de taille anaconda : accepter de toucher au totem de l'ère Macron, la fameuse réforme des retraites de 2023. C'est le prix à payer pour la "non-censure" promise par les socialistes.

Ce mercredi 12 novembre marque donc l'aboutissement de ce chantage politique, ou disons plus élégamment, de ce "rapport de force" fructueux, comme aime à le rappeler le député socialiste Jérôme Guedj, le sourire en coin. Pour le gouvernement Lecornu, la pilule est amère mais nécessaire. L'objectif est clair : survivre à l'hiver budgétaire. En lâchant du lest sur l'âge de départ, l'exécutif espère neutraliser une partie de la gauche modérée, tout en sachant pertinemment que cela fera hurler une partie de sa propre majorité relative et les puristes de la rigueur budgétaire.

La stratégie est risquée. En acceptant cette condition imposée par le PS, le gouvernement s'aliène potentiellement ses soutiens de droite (LR) et du centre-droit (Horizons), tout en ne garantissant pas une paix royale avec l'ensemble de la gauche. C'est un jeu de dupes où tout le monde espère tirer son épingle du jeu avant la présidentielle. La politique française ressemble de plus en plus à une partie de poker menteur où les jetons sont les trimestres de cotisation des Français. Ce mercredi, l'examen de l'article 45 bis n'est pas seulement technique, c'est le test ultime de la solidité de cet accord baroque entre un gouvernement en sursis et une opposition socialiste qui se sent pousser des ailes.

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L'arithmétique de la pause : ce qui change concrètement pour la génération 1964

Entrons dans le dur, là où ça compte pour le portefeuille et l'agenda des Français. L'article 45 bis n'est pas de la littérature, c'est de la mécanique de précision. Concrètement, le texte propose de mettre en pause le recul progressif de l'âge légal qui devait nous emmener vers les 64 ans. Cette suspension est prévue pour durer jusqu'en janvier 2028. C'est un gel, une stase temporelle dans un monde qui ne cesse d'accélérer. Pour les assurés, cela change la donne, et pas qu'un peu.

Prenons l'exemple emblématique de la génération née en 1964. Selon le calendrier initial de la réforme Borne, ces travailleurs devaient attendre d'avoir soufflé leurs 63 bougies pour espérer valider leur ticket de sortie. Avec la suspension débattue aujourd'hui, le curseur revient en arrière, ou plutôt, il s'arrête de monter. Ils pourraient partir à 62 ans et 9 mois, s'alignant ainsi sur le régime de la génération précédente (1963). Cela peut sembler dérisoire pour un observateur lointain, mais gagner trois mois de vie libre quand on a usé ses fonds de culotte sur des chaises de bureau ou ses genoux sur des chantiers, c'est une victoire.

Mais ce n'est pas tout. L'âge n'est qu'une partie de l'équation ; il y a aussi la durée de cotisation. Le texte prévoit également de geler le relèvement du nombre de trimestres requis. Ainsi, ces mêmes assurés de 1964 n'auraient besoin de valider que 170 trimestres au lieu des 171 initialement prévus. C'est un trimestre de moins à courir après le temps. Pour comprendre l'impact réel sur les flux de départs, il est intéressant de consulter les projections détaillées sur les départs en retraite attendus pour 2026, qui illustrent bien l'effet d'aubaine pour cette cohorte spécifique.

Génération Âge légal (Réforme Borne) Âge légal (Avec Suspension) Trimestres requis (Borne) Trimestres requis (Suspension)
1963 62 ans et 9 mois 62 ans et 9 mois 170 170
1964 63 ans 62 ans et 9 mois 171 170
1965 (T1) 63 ans et 3 mois 62 ans et 9 mois 172 170

Si aucune nouvelle loi n'intervient après la présidentielle de 2027 (ce qui serait aussi probable que de voir neiger au mois d'août à Marseille), la mécanique de la réforme Borne reprendrait ses droits, mais avec ce fameux décalage. C'est donc un répit, une bulle d'oxygène, mais l'épée de Damoclès n'a pas disparu, elle est juste remontée de quelques centimètres.

Une fracture ouverte au sein du Nouveau Front Populaire

Si vous pensiez que la gauche allait entonner "L'Internationale" d'une seule voix pour célébrer cette avancée, vous avez raté quelques épisodes de la série "NUPES et NFP : Amour, Gloire et Trahison". L'examen de ce texte révèle une faille tectonique entre les socialistes et La France Insoumise. Pour le PS, c'est la preuve que le parlementarisme et le compromis peuvent payer. Ils ont tordu le bras de Macron, ils ont obtenu du concret, du palpable. C'est la politique des petits pas, mais des pas qui vont dans le bon sens.

En face, chez les Insoumis, l'ambiance est tout autre. On crie à la compromission, voire à la trahison pure et simple. Pour eux, accepter une "suspension" ou un "décalage", c'est valider implicitement le cadre de la réforme de 2023. Eric Coquerel ne décolère pas : "Nous ne voterons pas cette compromission PS-Lecornu !". L'argument est que voter pour un simple report de trois mois revient à accepter que l'âge légal puisse être de 64 ans à terme, alors que le programme du Nouveau Front Populaire lors des législatives de 2024 promettait l'abrogation pure et simple. C'est le choc de deux cultures : le réformisme tactique contre le radicalisme de principe.

Cette division se retrouve jusque dans les rangs syndicaux, ce qui est assez rare pour être souligné. La CFDT, toujours pragmatique, salue une "vraie victoire", préférant un tiens vaut mieux que deux tu l'auras. La CGT, fidèle à sa ligne dure, fustige un "simple décalage" qui ne règle rien sur le fond et risque d'endormir la contestation sociale. Ce débat parlementaire agit comme un révélateur des tensions qui traversent le camp progressiste, incapable de s'accorder sur la méthode pour détruire l'ouvrage d'Elisabeth Borne.

Le dilemme cornélien de la droite et du centre

À droite de l'hémicycle, ce n'est pas la joie non plus, mais pour des raisons diamétralement opposées. Le groupe Les Républicains (LR) est pris en étau. D'un côté, ils ont historiquement soutenu la nécessité de travailler plus longtemps pour équilibrer les comptes. De l'autre, ils ne peuvent pas ignorer l'impopularité massive de la réforme auprès de leur électorat populaire et senior. Une majorité du groupe devrait s'opposer à la suspension par principe de responsabilité budgétaire, mais l'unité n'est pas garantie.

Chez Horizons, le parti d'Edouard Philippe, c'est la soupe à la grimace. L'ancien Premier ministre, qui a fait de la rigueur et du "travailler plus" son mantra pour 2027, voit d'un très mauvais œil cette concession faite aux socialistes. Pour lui, c'est une reculade inacceptable, une "concession trop importante" qui met en péril l'avenir financier du pays. Les députés philippistes sont persuadés que les Français devront, tôt ou tard, passer à la caisse. Ils voteront contre, c'est certain, marquant leur différence avec une aile macroniste plus malléable.

Car chez Renaissance (les macronistes historiques) et au Modem, on s'apprête à avaler son chapeau. L'abstention sera le mot d'ordre, souvent "à contrecœur". Ils ne peuvent pas voter pour la destruction de leur propre réforme, mais ils ne peuvent pas non plus voter contre et faire tomber le gouvernement Lecornu qu'ils soutiennent. C'est la position du "ni-ni" : ni approbation, ni sabotage. Et au milieu de ce chaos, le Rassemblement National joue les arbitres avec un cynisme décomplexé. Jean-Philippe Tanguy a annoncé que le RN "votera pour la suspension", non par amour du PS, mais pour infliger une défaite politique à Emmanuel Macron, tout en prévoyant de rejeter le texte global du budget. Une stratégie du chaos parfaitement huilée.

L'épineuse question du financement : qui va payer l'addition ?

C'est bien beau de suspendre, mais comme on dit dans les bistrots (et à Bercy) : "C'est qui qui régale ?". Le coût de cette mesure est le grand non-dit, ou plutôt le grand flou, de ces débats. Initialement, le gouvernement tentait de minimiser l'impact en parlant de 100 millions d'euros en 2026. Une paille à l'échelle du budget de la Sécu. Sauf que les rapporteurs, notamment Thibault Bazin (LR), ont sorti leurs calculettes et les chiffres sont nettement moins rassurants : on parle d'une facture qui pourrait grimper à 400 millions en 2026 et atteindre 1,8 milliard en 2027.

Pour financer ce "cadeau" fait aux seniors, le gouvernement avait des idées, mais elles n'ont pas survécu à l'épreuve du feu parlementaire. L'idée de taxer les complémentaires santé ? Rejetée par les députés, soucieux du pouvoir d'achat. Il reste la piste explosive du gel des pensions. C'est un levier classique mais politiquement radioactif. Les députés devraient, selon toute vraisemblance, supprimer cette option mercredi, avec la bénédiction hypocrite du gouvernement qui ne veut pas porter le chapeau de l'austérité sur les retraités actuels. Vous pouvez retrouver les détails des débats sur ce sujet sensible dans cet article sur le gel des pensions débattu par les députés.

On se dirige donc vers une mesure non financée, ou financée par de la dette sociale, ce qui fera hurler les orthodoxes de Bruxelles et les agences de notation. Mais en politique, l'urgence de la survie immédiate l'emporte toujours sur la comptabilité à long terme. Le "quoi qu'il en coûte" a encore de beaux jours devant lui, surtout quand il s'agit de sauver un gouvernement.

Une course contre la montre procédurale

L'examen de cet article 45 bis se fait avec un chronomètre dans une main et le règlement de l'Assemblée dans l'autre. C'est une véritable course contre la montre. Les débats doivent impérativement s'achever mercredi à minuit. Pourquoi ? Parce que c'est la loi organique qui fixe les délais d'examen du PLFSS. Si l'Assemblée n'a pas fini de voter, le texte part tel quel au Sénat, et le gouvernement reprend la main pour y mettre ce qu'il veut.

Or, avec environ 380 amendements restants à 15 heures, la mission semble impossible, digne de Tom Cruise, mais avec moins d'effets spéciaux et plus d'effets de manche. Les Insoumis soupçonnent d'ailleurs une entente tacite entre le gouvernement et les socialistes pour "jouer la montre". L'idée serait de laisser le temps s'écouler pour éviter un vote final sur l'ensemble du budget qui pourrait être rejeté (grâce aux voix conjuguées du RN et de LFI). En envoyant le texte au Sénat sans vote global, le gouvernement sauve les meubles et intègre la suspension via un amendement gouvernemental à la chambre haute.

C'est une cuisine parlementaire peu ragoûtante mais efficace. Le risque d'un rejet global est réel : si le RN vote la suspension (l'article) mais vote contre le budget (l'ensemble), tout tombe à l'eau. Les socialistes se retrouveraient alors dans la position inconfortable de devoir voter le budget global avec les macronistes pour sauver leur mesure phare, alors qu'ils préféreraient s'abstenir pour ne pas cautionner le reste de la politique de Lecornu. "C'est pas un drame si on ne vote pas là", confie un cadre socialiste, préparant déjà les éléments de langage pour expliquer ce futur imbroglio.

Extension du domaine de la lutte : les carrières longues et actives

Pour sécuriser le vote des socialistes, et tenter de grappiller quelques voix chez les écologistes et les communistes, le gouvernement ne s'est pas contenté de la suspension générale. Il a sorti le carnet de chèques pour les cas particuliers. Un amendement gouvernemental va être déposé pour élargir cette suspension aux dispositifs de carrières longues et aux catégories dites "actives" et "superactives" de la fonction publique.

On parle ici des policiers, des aides-soignantes, des éboueurs, et bien sûr des pompiers. Ces professions, usantes physiquement, bénéficient de départs anticipés. La réforme de 2023 avait durci les conditions pour eux aussi. La suspension va donc geler ce durcissement. C'est une mesure de justice sociale indéniable, mais c'est aussi une façon très habile de diviser le front syndical en donnant satisfaction à des corporations très mobilisées et très populaires dans l'opinion.

Pour vous aider à y voir plus clair sur votre propre situation, voici un outil pour simuler l'âge de départ selon les nouvelles règles potentielles :

Simulateur : Suspension de la Réforme

Dans le cadre des négociations avec le gouvernement Lecornu, évaluez l'impact concret de la suspension de la réforme sur votre date de départ.

Et après ? L'horizon 2028 et la présidentielle

Si cette suspension est adoptée, et elle a de bonnes chances de l'être malgré le psychodrame ambiant, elle ne règle rien sur le fond. Elle achète du temps. Jusqu'en janvier 2028. Pourquoi cette date ? Parce qu'elle se situe après la présidentielle de 2027. C'est l'aveu implicite que le sujet est trop explosif pour être tranché définitivement avant que les Français ne soient retournés aux urnes.

Le prochain président (ou la prochaine présidente) héritera donc de la patate chaude. Si la gauche l'emporte, la suspension deviendra probablement une abrogation définitive, comme promis. Si la droite ou le camp macroniste (ou ce qu'il en restera) conserve le pouvoir, la "marche en avant" vers les 64 ans, voire plus, reprendra de plus belle, justifiée par le "mur de la dette" qui aura grossi entre-temps. En attendant, cette réforme des retraites continue de hanter la vie politique française comme un spectre que personne n'arrive vraiment à chasser.

La réforme des retraites est-elle annulée définitivement ?

Non, il s'agit d'une suspension temporaire de la hausse de l'âge légal et de la durée de cotisation, prévue jusqu'en janvier 2028. Sans nouvelle loi d'ici là, la réforme de 2023 reprendra son cours.

Qui est concerné par cette suspension ?

Principalement la génération née en 1964, qui pourra partir à 62 ans et 9 mois au lieu de 63 ans. L'amendement prévoit aussi d'inclure les carrières longues et les catégories actives de la fonction publique.

Pourquoi le gouvernement accepte-t-il de suspendre sa propre réforme ?

C'est une condition imposée par les députés socialistes pour ne pas voter la censure du gouvernement de Sébastien Lecornu lors des débats budgétaires. C'est un accord de survie politique.

Quand la mesure entrera-t-elle en vigueur ?

Si le texte est voté et validé par le Sénat (ou via 49.3/ordonnances suite à la procédure parlementaire), la suspension sera effective dès la promulgation de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026.

Quel est le coût de cette mesure ?

Le coût est estimé entre 400 millions d'euros en 2026 et jusqu'à 1,8 milliard d'euros en 2027, un montant qui fait débat quant à son financement.

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Rencontrez Marie Dupont, notre experte en planification de la retraite. Avec plus de 20 ans d'expérience dans le domaine, elle partage ses connaissances et ses conseils pour vous aider à naviguer sereinement vers votre nouvelle vie.

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